• Jean-Marie JAGU

LES TRONCHES ONT UNE HISTOIRE : PHOTO #8

Mis à jour : 25 oct. 2017


Bon ben voilà, le couperet est tombé : sclérose latérale amyo… amyo quelque chose. 

Je ne sais déjà plus. Je ne suis pas médecin.

 Remarque, quand il m’a annoncé la couleur, j’avais pas besoin d’être toubib pour savoir que c’était mal barré pour ma gueule. 

Déjà, le nom ronflant me plaisait pas trop, mais le pire, c’était la tronche qu’il tirait ! Espérance de vie, trois à sept ans, qu’il a dit. 

Sur le papier, c’était pas si mal ! Je ne suis plus de la première jeunesse, après tout. 

Mais quand j’ai su dans quel état j’allais finir, j’ai révisé mon jugement. 

Moi, dans un fauteuil roulant, à me baver dessus et à bouffer avec une sonde ? Toi qui me connais un peu, t’imagines ça sérieusement ? 

Moi qui ai fait l’équivalent de cinq fois le tour du monde sur mon vieux rafiot ? 

Alors, avant de me mettre à trop réfléchir, j’appareille une dernière fois. Ce coup-ci, c’est pour un aller simple. 

J’en n’ai parlé à personne d’autre que toi. Tu sais bien, j’ai jamais trop aimé parler de moi. 

Ça, ajouté à ma vie de patachon, ça explique sans doute pourquoi j’ai pas de femme, et pourquoi j’ai jamais eu de gosse. 

Note que j’aurais bien aimé, hein… Mais ça s’est pas fait, c’est tout, voilà. 

En un sens, aujourd’hui, ça me facilite la tâche. 

Ne dis rien aux autres, s’il te plaît. 

Enfin si, dis-leur juste au revoir, et seulement quand ce sera fait. 

Je m’en vais rejoindre la grande bleue comme Caradec, Mike Plant, Gerry Roufs et Paul Vatine. 

Je m’en vais serrer la pogne à Éric Tabarly. 

C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme, tatata. 

Quand j’y serai, je ferai sans doute moins le malin, mais j’ai pas le choix. 

Je préfère faire le malin que chialer, tu vois, c’est plus digne. 

D’ailleurs j’ai pas envie de chialer. 

Le vent salé a dû définitivement m’assécher les yeux. 

Adieu, vieux frère. 

Quoi ? Tu veux une photo ? Allez, pour la route…

Patrice le 30 mai 2017


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P’tite Annick

“C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme.

Mais elle ne prend pas la femme qui préfère la campagne”

Et ben si vous connaissez Renaud vous lui direz qu’il s’est gouré, des femmes qui préfèrent la mer j’en ai fait monté à bord 2 beaux spécimens accompagnés de leurs beaufs de maris.

J’aurais dû me douter que je m’embarquais dans une belle galère quand ces 2 couples m’ont annoncé,

“Nous ce que l’on veut c’est se détendre, ne rien faire, farniente farniente farniente”

C’était mal barré. Même si j’ai l’habitude je n’avais pas imaginé que “rien” pouvait être aussi peu…

Effectivement il ne font rien mais rien du tout… Ou plutôt si...ils me font chier, mais ils me font chier. Toujours un ou une pour me poser une question à la con.  

“Elle sert à quoi cette ficelle?”

“On peut pas mettre le bateau plus à plat? je ne suis pas à l’aise pour bronzer”

“Comment vous faites quand il n’y a pas de vent”

“Ah vous les marins vous êtes pas très causants”

Heureusement depuis que la houle s’est levée, je n’entends plus personne, quand je dis levée...on aurait du mal à y faire surfer un bateau Playmobil mais bon, elle est suffisante pour leur chatouiller l’estomac, à moins que ce soit l’effet conjugué du claquos oú j’ai du repousser 2 ou 3 asticots pour le déguster ...

Entre nous… le camenbert….  si une mouche la choisie pour pondre... c’est qu’il est bon! certains ne savent pas ce qu’ils perdent!

Bref en attendant ici c’est pas les 40 rugissants mais  plutôt les 4 vomissants.

J’ai balancé une petit ligne de traine. On ne sait jamais.  Que leur mal de mer serve à quelques chose. Si un Loup ou une Bonite, voir un thon vient à passer dans le coin, ça éclaircira ma journée.

En parlant de ça je ne leur est rien dit mais la barre noire qui nous rattrape ne me dis rien qui vaille. Autant quand tu navigues en Bretagne les tempêtes préviennent et on évite les zones de  cailloux.  Ici en méditerranée c’est traitre il peut faire super beau toute la journée puis, en fin d’après midi, ça commence à noircir, ça fraîchit, le vent se lève d’un coup jusqu’à te tabasser sous un orage, les vagues brisent de tous les bords. Tu étais parti fier de ton beau spi bien gonflé, tu reviens dépité grande voile pas plus grande qu’un mouchoir et génois réduit à la taille d’un string de strip teaseuse.

Moi qui rêvais de la grande aventure, des traversées en solitaire, avec mon équipe de bras cassés, je suis servi.

Pour l’instant la seule chose qui m’importe c’est de pointer l’étrave de “P’tite Annick” (Annick c’est ma première petite fille) dans les bouches de Bonifacio, de débarquer mes 4 marins d’opérette et qu’ils soient comme le saucisson et le rosé pour l’heure de l’apéro. Suffisamment frais et bien secs.

C’est pas l’homme qui prends la mer tatatin….

Loïg le 31 mai 2017

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