• Jean-Marie JAGU

LES TRONCHES ONT UNE HISTOIRE : PHOTO #1

Mis à jour : 25 oct 2017


Moi, c'est Charles , j'ai 10 ans.

Charles c'est chicos comme prénom.

Je vais à l'école St Louis, encore plus chicos.

Mais moi je voudrais être Ladislav comme mon papi qui est venu à pied de Tchécoslovaquie , avec ses parents à 15 ans.

C'est le papa de ma maman et il est trop marrant. Il raconte plein d'histoires et il tire sur les rats dans la forêt du Gâvre . Il met un piège et Pan ! J'ai un peu peur mais j'aime bien quand même .

Mon papi il dit des gros mots super et ça dure longtemps . Moi je les connais par cœur et ça me fait trop rigoler .

Papi il est tapissier bourrelier alors ses mains sont très fortes pour faire des choses compliquées comme des matelas , des fauteuils et des sommiers.

Mami, elle aime pas les gros mots mais elle aime bien aller en Tchécoslovaquie et ramener des verres et des bouteille en cristalbaccarat, on ne doit pas s'en servir juste les regarder . C'est bizarre ça sert à rien.

Les copains de mon papi ils savent pas dire Ladislav alors ils disent Totor,

Mami Eugènie c'est Nini.

Moi aussi j'aime donner des surnoms. Notre maître tout rouge c'est Pivoine et mes copains c'est gras double et zébulon.

Tous les matins je passe devant un marchand de fruits et légumes au moment où il ouvre sa grille. Il a l'air fatigué et il a une sacrée tête . Alors comme il vend des pommes je me dis que lui c'est Trognon.

C'est vrai que sa tête elle est en creux et son nez c'est comme le trognon quand on a fini de grignoter la pomme.

Il est peut-être gentil mais je sais pas trop à cause de ses yeux. Il parle avec un accent mais pas celui de Papi.

Je voudrais lui demander s'il connaît des histoires comme Stanislav .

Mais comment on fait ? On dit :

C'est quoi tes histoires , t'es venu à pied comme mon papi ?

Il est où ton pays , tu vas à la chasse aux rats avec ton fusil. ?

Tu as du Cristalbaccarat chez toi ?

Ce serait bien si

Mon papi Stanislav et lui étaient copains , je pourrais tout écouter en mangeant des pommes et faire des trognons comme sa tête.

Manu ,le 21 juillet 03:47



Lettre à mon fils

J’étais quelqu’un, Là-bas, J’étais reconnu, apprécié, 

J’avais fait des études, j’étais devenu Chef de Chantier, 

Fierté de ma mère, 

Je construisais des ponts, des routes, je participais ainsi au développement de mon pays, 

J’ai rencontré ta mère, si belle, tous les hommes m’enviaient,

Et tu es né, mon fils, puis ta sœur. Nous étions si heureux, avec la vie devant nous.

Mais un jour tout s’est écroulé.

Les bombes, les cris, les pleurs, la peur…

J’ai vu tout ce que j’avais construit être détruit, il n’y avait plus rien, Plus rien sauf des ruines, du sang, des larmes, 

Nous n’avions plus rien, nous avions peur, peur pour vous, ta sœur et toi. Alors un jour nous sommes partis, tous les quatre. Laissant tout derrière nous, ou plutôt ne laissant rien, que la mort et la désolation,Nous sommes partis…

Vous emmenant vers une terre d’espoir,

Enfin… 

Nous avions réussi, après de longues semaines d’un voyage éprouvant, dangereux, 

Enfin…

La paix…. Ici,

Mais notre rêve s’est vite écroulé, 

Ce pays d’accueil est devenu pays d’écueil, 

La plupart des habitants de ce pays ne condamnent pas notre présence, Mais ils l’acceptent tant que nous conduisons leurs taxis, surveillons leurs parkings, gardons leurs enfants, faisons leur ménage, 

Mon métier dont j’étais si fier, je ne peux pas l’exercer, mes diplômes ne sont pas reconnus, 

J’ai réussi malgré tout à trouver un emploi dans la construction, 

Mais je suis l’homme à tout faire du chantier, à tout faire ce que les autres ne veulent pas faire, 

Ta mère qui aimait tant enseigner aux enfants, qui était si douce, si patiente, fait aujourd’hui le ménage et s’abime.

Elle ne me reconnait plus, nous ne nous reconnaissons plus.

Nous étions des gens respectables et respectés, nous ne sommes plus rien, ils nous ont enlevé notre dignité, 

Mais vous êtes là tous les deux, bons élèves parmi vos camarades d’école, Comprenant mieux que nous la vie d’Ici, les gens d’Ici.

Vous jouez, vous grandissez, vous aimez, vous vivez…

Et vous avez toute cette vie devant vous, Ici

Me montrant chaque jour que nous avons pris la bonne décision en partant.

Là-bas, un père ne pleure pas, il est fier et digne

Ici, dans les yeux des autres je vois de la pitié

Il ne me reste plus rien, rien que vous mes enfants, que je vois grandir et s’épanouir, Ici.

Je vis à travers toi mon fils, et à travers ta sœur, vos réussites, vos vies, Ici…

Marie, le 21 juillet 2016 



Pourquoi tu me regardes comme ça, petit-fils de colon ? Tu ne devrais pas, tu sais, je suis un tueur. J’ai tué mes semblables. C’était il y a longtemps, j’avais à peu près ton âge, et j’étais sous les ordres du colon ton grand-père. L’oncle Hô-Chi-Minh n’a pas inspiré confiance à mon père, et moi en bon fils j’ai fait ce qu’il m’a dit, je suis entré dans les « troupes indigènes. » Je croyais vraiment que je devais contribuer à faire prospérer mon pays grâce à la « civilisation occidentale ». J’y croyais dur comme fer, sot que j’étais. Je suis le seul responsable de ce que je croyais, et il y a longtemps que je n’en veux plus à mon père, paix et salut sur son âme. J’ai eu de la chance, d’une certaine façon. Alors que bien d’autres combattants des troupes indigènes ont été abandonnés là-bas à une mort certaine, moi on m’a au moins permis de venir ici. Ça m’a sauvé la vie, à défaut de me sauver l’existence. Car vois-tu, petit-fils de colon, ici je survis, mais je n’ai jamais vraiment réussi à exister. Dans mon pays, le colon ton grand-père était le maître, mais dans le sien, je ne suis rien. Déraciné, traitre à ma patrie, jamais vraiment adopté par mon pays d’adoption, je ne suis nulle part chez moi. Un apatride. Un fantôme. Et quand je disparaitrai, de moi il ne restera plus rien. À part peut-être ta photographie, qui sait ? Alors je te laisse la prendre, petit-fils de colon. Vas y. Après tout, tu n’es pas responsable de ce qu’a fait ton grand-père, alors que moi je suis responsable de ce que j’ai choisi de faire. On est toujours responsable de ses choix. Jusqu’au bout.

Patrice, le 26 juillet 2016



Première impression D'un homme en prison, Visage marqué Par la tenacité, Regard hargneux Et ténébreux. La colère laisse place A une sensation tenace De vie difficile... Puis, plus fragile, Un profond regard Derrière ce rempart Dévoile la simplicité D'un homme habité Par son histoire passée. Emprisonné : Rêve ou réalité ?

Lucie, le 12 août 2016

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